20/05/2006

La Nourriture, la Mort, objets de fantasmes

De retour, après la semaine de travail...

Je remercie chacune pour les commentaires très touchants qui m’ont été envoyés; j’ai rarement été aussi joyeuse d’aller sur internet qu’aujourd’hui ;-)...

J’irai "droit au but": manger. Oui, manger... Un mystère...

Pourtant rien de plus banal, rien de plus élémentaire, rien de plus instinctif... rien de plus obligatoire pour survivre, selon la logique de l’Humain. Mais... mais cet acte demeure pour certains une abomination, une aberration, un luxe, un simple plaisir futile qui emprisonne l’esprit dans un étau d’ignorance et de laisser-aller. Un acte terrifiant, empreint de tous les fantasmes les plus primaires: engloutir, enfourner, avaler, ressentir le plaisir, éveiller les sens, éveiller une sensualité presque outrancière, qui nous emplit, qui nous pénètre, qui, en définitive, brutalise notre intérieur.

Cette façon de voir la "chose" reste malgré tout très incomplète encore.

Mais je n’ajouterai pas à l’horreur qu’elle m’inspire et à l’effet déjà trop négatif qu’elle dégage... Et puis je en peux me permettre de réduire cet acte à une forme d’impureté encore et encore... je... je n’ai pas le droit. Pourtant comment aller à l’encontre de ma pensée?

C’est vrai! Je ne comprends pas tous ces gens qui mangent, qui dorment, qui vivent comme des moutons, qui ont perdu leurs rêves, leurs idéaux. Comment peut-on vivre en se disant "je vis au jour le jour", "je ne m’interroge pas", "je mange je bois je baise je profite de la vie", "je mange parce que cela me permet de survivre"... Survivre, oui!!! (et encore!) mais cet acte de manger permet-il de VIVRE? J’entends par vivre se cultiver, se purifier, se perfectionner, se détacher de l’instinct vil, salace, bestial de l’être humain, soumis aux lois superficielles du besoin, du désir, du plaisir... Non je regrette... je ne comprends pas toute cette infamie, ce cycle, cet éternel retour (si je puis citer Mr. N.), ce cercle vicieux, cette perversion de l’automatisme, se traîner sur le sol ventre à terre, en ne cherchant jamais à lever la tête, à s’élever, à s’envoler dans les cimes de la déification de l’esprit, de l’âme...

...

Oh-la... je divague un peu là... ;-)

Je termine ici sur ce sujet, j’ai peur que ces propos n’aillent trop loin. Mais ne comptez pas sur moi pour faire l’apologie de cet acte. Je ne peux pas me mentir à moi-même. Je regrette...

Un autre sujet pas si lointain: la Mort...

Un sujet encore plus tabou.

Un sujet que la société de consommation évite comme... la peste, si je puis dire.

Un sujet qui pourtant devrait être abordé dès le plus jeune âge.

La Mort, ce mystère qui réduit l’Homme à l’état de poussière, d’être futile, jetable, périssable, non-nécessaire, d’être éphémère...

Comment ne pas réagir de façon violente lorsqu’on est confrontée à cette réalité qu’on ignore? Comment ne pas s’effondrer de peur? Comment ne pas perdre ses esprits lorsqu’on comprend que l’on n’est finalement qu’un souffle?

Certains décident de donner la Mort aux autres pour se sentir "survivant", ou pour des idées chimériques... D’autres se plongent dans le travail pour oublier. D’autres encore boivent, d’autres ignorent bêtement en ne discourant que du superficiel, d’autres disent "profiter de la vie" même s’ils piétinent la liberté des autres, d’autres encore, plus nobles, vont à Calcutta, au Caire ou ailleurs pour sauver des vies, d’autres encore l’appellent, la désirent, l’anticipent, la défient...

Que de réactions vaines pour tenter de la contrer, de la mettre à notre portée, de la saisir...

Elle effraie trop, la Mort, et lorsque la Peur atteint son paroxysme, lorsqu’elle devient insurmontable, lorsqu’elle brise tout élan, elle se mute en névroses, en psychoses diverses et nous sombrons dans la Folie...

Pourquoi ne pas chercher à comprendre, tout simplement? Pourquoi ne pas aborder ce sujet avec délicatesse et franchise à la fois, dès le plus jeune âge? Il faut non pas banaliser ce sujet, mais peut-être initier le tout petit, sans s’alarmer, sans trop la mystifier, sans la rendre si horrible. Sa présence est incontournable. Pourquoi ne pas la rendre un peu plus naturelle, un peu plus acceptable? Il faut connaître pour accepter, pour comprendre. Et trop de monde dans notre société, en l’évitant, ne fait qu’augmenter la terreur intérieure des autres...

C’est ma vision des choses. Je ne sais pas si c’est la bonne, et je reste ouverte...

Je me pose énormément de questions, on l’aura remarqué. Je suis une fanatique des interrogations ;-)... Surtout lorsqu’il n’y a, le plus souvent, aucune réponse précise à la clef. ;-) !

J’ai été prolixe, et peut-être ai-je suscité l’ennui. Ainsi je m’arrêterai ici.

Longue et bonne Vie à tous.

Amicalement,

Luciole

11:13 Écrit par Luciole | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Que d'interrogations... (... mais les voir trotter à leur manière dans la tête d'autres est réconfortant.) Ce que tu évoques me rappelle l'un des événements les plus marquants de ma vie, bien que ce ne soit en réalité qu'une anecdote de lycée (chacun son niveau, dirons-nous). Je me rappelle ce soir-là, un repas de classe, un caveau, de la bière, des tartes flambées. Même pas à volonté. Donc a priori, même pas de quoi faire une orgie. Mais je me rappelle cette cassure, cette rupture sur un plan déjà bien fragile : je me suis rendu compte que jamais je ne saurais partager ce que les autres privilégiaient. Ils n'étaient que des lycéens avides de partager un bon repas, de s'enivrer, de rire - pas des monstres, pas des imbéciles, pas des gens inintéressants. Tout le monde était survolté. Sauf moi. Je n'ai senti que l'angoisse, que le vide. J'ai eu peur. Je ne voulais pas manger de ces choses grasses et dégradantes, je ne voulais pas me gaver de bière pour perdre le contrôle de moi-même. J'avais peur de ce que cela signifiait. J'avais peur de ce qui pouvait arriver. J'avais peur de voir le visage bestial, animal, obscène des autres. Je voulais autre chose. Je ne voulais pas de cette réunion prétexte à trop manger et trop boire. Je ne voulais pas de cette fausse gaieté. Je ne supportais pas de voir ces faux-semblants (comme si les gens par leur comportement s'écartaient de la voie juste, "dis-vertere" quoi). J'ai fondu en larmes, je suis rentrée chez moi, personne n'a compris. Aujourd'hui, je comprends que c'est parce que je cherchais autre chose, que je ne voulais pas de ces joies basses, prosaïques, triviales. Un temps, j'ai appris à faire semblant d'apprécier ces moments. par obligation. Par peur aussi. Mais toujours, le vide est là. Le vertige. Comme si rien n'était plus important que de boire et manger. Comme si on ne pouvait pas discuter et débattre sans se gaver et être ivre. Comme si on ne pouvait pas atteindre une certaine plénitude dans la parole, l'échange. En ce moment, je craque, parce que justement, je suis épuisée de devoir faire semblant de me contenter de ces fausses joies. Fatiguée de ne pas pouvoir prétendre à autre chose ouvertement. Frustrée de devoir m'enfermer dans l'image de quelqu'un qui se contente de sa vie. Non, je ne m'en contente pas. Oui, j'ai eu tort d'abandonner mes idéaux. Non, je ne veux pas rester bloquée là-dedans. Oui, j'ai eu tort d'écouter ceux qui me disaient trop exigeante. Parce que je ne veux pas perdre mon âme... Pardonne-moi, je me suis beaucoup étendue. Merci beaucoup pour ces réflexions et pour ton mot qui m'a profondément touchée. A te relire avec beaucoup de plaisir.

Écrit par : Boucle d'Or | 20/05/2006

:D J'adore vraiment comme tu écris. Magnifique y'a pas à dire Luciole !

;-)

Je suis complétement d'accord avec toi sur le premier sujet. Tu décris tellement l'acte de manger d'une manière si vraie à mes yeux, si profonde, si encrée au fond de moi. Incroyable vraiment !

Sur le second sujet, je ne dirais qu'une chose, la mort rime avec souffrance. Qui n'a pas peur de souffrir sur cette Terre ?

C'est dans le propre de l'Homme de craindre. Et sa le restera à jamais je pense...

Voilà voilà...!

Encore une fois, bravo pour tes mots si bien trouvés, si bien écris surtout !

Gros bisous Luciole !

:)


Écrit par : KrisS | 20/05/2006

coucou tu écris vrt très bien...

tu décris cet acte qui est de manger d'une manière très réaliste, ces mots résonnent à l'intérieur de moi...

en ce qui concerne la mort, je n'y pense pas personnellement... elle ne me fait pas peur, c le destin de chaque homme...

gros bisous

Écrit par : mélanie | 21/05/2006

Décidément... ... tu as le chic pour écrire des choses qui me touchent en plein coeur. De peur d'alourdir ton blog d'un pavé de commentaires à l'exemple du précédent, je tâcherai d'être un peu concise (projet bien ambitieux). Eh bien, oui, moi aussi, je souhaite trouver une trève. Mais je ne peux même pas l'envisager avant de m'être à nouveau épurée (car oui, en ce moment, je n'ai rien de léger). Je ne cherche pas non plus l'excès - enfin, selon moi - mais j'ai depuis longtemps dépassé mes limites, et je ne suis pas heureuse dans ce corps que l'on m'a imposé... Sinon, je tenais à te dire, sans transition aucune, que je suis frappée par la subtilité de tes pensées et par ta façon de les exprimer. Beaucoup de blogs m'ont touchée, le tien m'a frappée par la qualité de la réflexion et la volonté de s'attacher à l'essentiel. Fais néanmoins attention à toi, que ton esprit puisse continuer ses pérégrinations. A te relire donc très prochainement. (J'espère que cette fois, je ne vais pas à nouveau envahir l'espace commentaires.) Pensées jumelles ;-)

Écrit par : Boucle d'Or | 21/05/2006

^^ Salut
je visite régulièrement ton blog et je ne peux que me reconnaître dans ce que tu écris sur la peur de la mort. Moi aussi c'est quelque chose qui me fait incroyablement peur et tu as trouvé les bons mots pour l'exprimer. J'ai peur de manquer de temps, de ne pas accomplir quelque chose de grand dans ma vie, on dirait que seulement vivre n'est pas assez...
Je te souhaite bon courage
bisous

Écrit par : RubbaDucky | 06/06/2006

bonjour, je ne sais pas si ce blog fonctionne encore et je ne reviendrais probablement pas pour vérifier car je suis tomber dessus par hasard. mais je voulais tout de même laisser un mot. j'ai 22 ans, tu dois en avoir 26 maintenant, et je me demande si tu pense toujours de la même façon. c'est vrai que tu écris bien, ou décris bien ce que tu ressens je me demande en fait n'ayant pas lu tous les posts, si tu cherches à changer ou juste à t'exprimer? j'ai été un peu surprise par la façon dont tu abordes les choses. j'ai des angoisses aussi, je suis du genre à me poser beaucoup de questions existentielles sans raison et à ne pas comprendre que les autres ne se les pose pas. cependant, je ne pense pas pour ma part que mettre des mot dessus ou plutot les publier m'aideront, je l'ai fait aussi je parle donc en connaissance de cause, cela ne change rien parce que de toute façon même ceux qui pense ressentir la même chose ne la ressente évidemment pas e la même fçon. si je demande si tu cherches à changer ou non c'est parce que dans les trois ou quatres textes que j'ai lu on dirait que tu te complais dans cette situation, non pas que tu aimes ça, au contraire mais que tu te justifie à toi même. je ne veux pas juger , vraiment ce n'est pas mon intention, mais je suis tomber sur ton blog en cherchant des réponses et ton blog ne donne pas de réponse juste des justifications. la preuve en est des commentaires laissées. aucun ne t'aide dans les messages précédents le mien, tous te disent leur admiration et à quel point ils comprennent, mais est ce que cela t'aide. si tu te sens mal en quoi le fait d'exprimer ce mal être et de voir que les autres adore ça peut t'aider? dans ton article sur la dualité je m'y suis un peu retrouvé et je dois dire qu'effectivement je ne sais pas ce que je veux et comment faire pour lutter contre moi même mais je ne veux certainement pas me laisser bouffer par mon côté effacé, transparent et sans intérêt, j'ai peur d'avoir des responsabilités et de devoir dire aux autres ce qu'ils doivent faire quand je ne suis pas capable de choisir pour moi. mais j'essaye. je ne peux pas te donner de réponse, car je n'en ai pas, sinon je ne serai pas là, la seule solution provisoire, peut être à long terme, est d'essayer, de garder la têt hors de l'eau jusqu'à trouver une raison d'avancer et d'avoir le déclic qui fera que l'on est telle ou telle personne bien dans ces basquets et que l'on est capable de faire face à toutes les situations.
peut être que personne ne lira ça, ce n'est peut être pas pls mal mais au pire cela ne fera pas de mal. j'espère que tu sais à présent où tu en est.
bonne continuation.

Écrit par : cyd | 15/11/2010

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